Vriksha asana

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Symbolisme :

Depuis les origines les plus lointaines du monde, l’homme s’est identifié à l’arbre et en a fait le symbole de la totalité de son être. Le yoga ne sépare l’homme ni de la terre, ni du ciel. Les deux sont en lui, et dans cet exercice l’homme les réunit symboliquement. La posture de l’arbre résulte de trois courants de la philosophie indienne : les Agamas, le Vedanta et les Puranas. Dans les Agamas (textes religieux à la base de l’hindouisme), l’arbre représente une force d’unité entre l’homme et dieu. Le Vedanta (doctrine philosophique) développe le rituel lié à l’arbre et les Puranas (textes hindouistes) mettent en avant la force de concentration par la pénitence. Que l’on ne se méprenne pas : le mot pénitence ne fait pas référence aux notions de mortification du corps qui n’ont pas de place dans le yoga authentique. Il implique la mise en pratique d’un sankalpa, c’est à dire la détermination à rechercher son identité. La persistance du symbole de l’arbre, présent dans toutes les religions du monde, témoigne de l’importance que l’homme accorde, depuis les âges les plus anciens, à la nature et aux végétaux. Cette préoccupation se manifeste encore aujourd’hui par le soucis de l’écologie.

L’être humain a besoin de cette référence au symbolisme de la nature, qu’il intègre et fait sien. La nature alimente son inspiration et sa création ; elle développe son aventure mythique intérieure. Qui pourrait concevoir notre planète sans un seul arbre ? Qui pourrait imaginer une rivière sans eau ? La portée symbolique de la verticalité de l’arbre se retrouve dans l’élévation des églises et des temples, qui évoque l’axe central du pilier cosmique. La ligne en est une des représentations les plus parfaites. Chez l’homme, cet axe est constitué par la colonne vertébrale. A sa base, la racine se situe en bas de la colonne au niveau de muladhara chakra. C’est aussi par cette racine que se manifeste l’énergie latente. C’est pourquoi, lorsque l’adepte prend la posture de l’arbre, il active la manifestation et le pouvoir de son énergie potentielle. Ajoutons que des fondations solides aurons un effet considérable sur l’équilibre et la concentration. Il n’y a pas d’équilibre sans concentration, ni de concentration sans équilibre. Quand les deux se rejoignent, la posture est accomplie. L’adepte peut alors remplir ses devoirs dans l’action et la concentration.

Les pieds et les mains jouent aussi un rôle important dans cette posture. Les pieds représentent la terre et les mains jointes au dessus de la tête, l’espace infini (akasha). La verticalité symbolise l’ascension spirituelle : l’homme, être visible, recherche l’invisible qui est en lui. Par la posture de l’arbre il vénère la force de vie, source et soutient du corps, comme la sève maintient la longévité et la beauté de l’arbre. Ce dernier dans sa mutation permanente, suit le cycle de la nature ainsi que le rythme des astres. De la même manière, l’homme doit, dans sa pratique, respecter tous ces paramètres pour véritablement découvrir l’art du yoga asana et se sentir parfaitement heureux et paisible. Quand vous marchez sur l’herbe, le fait de la fouler lui fait perdre momentanément sa verticalité. Mais aussitôt, elle s’active pour s’étirer à nouveau vers la lumière. Les variations du champ électromagnétique et les modifications apportées à la position du corps durant la pratique posturale jouent un rôle tout aussi important. Les ondes sont plus difficiles à percevoir. Dans le yoga, ont les appelle vibrations sonores. Elles sont captées par les extrémités du corps qui jouent dans cette posture le rôle d’émetteurs et de récepteurs.

La tradition affirme que cet asana exerce une fascination spontanée et un enchantement naturel sur le mental, tout en suspendant les préoccupations liées aux actions, aux pensées et aux sentiments habituels. Vriksha asana développe un processus naturel que l’on doit cultiver avec soin et respect car il est la semence et la fleur de l’arbre de la réalisation spirituelle.

« Vivre comme un arbre ! Quel accroissement ! Quelle profondeur ! Quelle rectitude ! Quelle vérité !  » ( Bachelard ).

Technique :

Dans vriksha asana, l’homme s’identifie à l’arbre. Le temps de la posture, il « devient » l’arbre et unit les trois états suivants, les trois gunas : tamas, l’inertie ; rajas, l’activité et sattva, la plénitude. Ces états correspondent respectivement à l’homme, à la nature et à dieu.

Respiration :

Dans la plupart des postures verticales, l’élève respire naturellement, sans effort. Quand il pratique la phase finale de la posture, il retient son souffle autant que possible, mais sans forcer. S’il veut maintenir la posture plus longtemps, il doit respirer avec lenteur et douceur.

Concentration :

Porter le regard vers l’infini et si possible réaliser la projection mentale du corps devenu arbre, fort et majestueux.

Place dans la série :

En début ou en fin de séance avec les autres postures debout.

Prise de posture :

posture de l'arbre

Debout, face au soleil levant, porter le regard vers l’infini en sentant parfaitement l’équilibre sur le sol. Respirer lentement et régulièrement sans faire d’effort.

Quand l’équilibre est acquis, plier la jambe droite et attraper la cheville avec les deux mains. Veiller à ne pas perdre l’équilibre.

Poser la plante du pied sur le haut de la cuisse, le talon dans le creux de l’aine et pousser le genou en arrière. Écarter les bras en plaçant le mains un peu plus haut que les épaules, pareil à un funambule qui ajuste son équilibre. Les doigts sont en jnana mudra . Les débutants et les personnes qui gardent difficilement l’équilibre peuvent adapter en gardant le pied droit en léger appuie sur le sol, ou posé sur le mollet gauche.

En maintenant l’équilibre, ramener le mains au niveau du cœur. Pousser le genou en arrière, sans bouger le corps. Les coudes sont bien écartés, les omoplates serrés et les paumes de mains en appui l’une contre l’autre.

Monter les bras au maximum en inspirant. Sentir l’air au niveau des poumons en soulevant les côtes mobiles. Tirer les bras en poussant simultanément le genou vers l’arrière. C’est la posture proprement dite (photo 5). Selon les textes, il s’agit de la posture de l’arbre dans sa forme authentique. C’est aussi celle qu’ Arjuna effectua comme une méditation afin de recevoir la présence de dieu.

Reprendre la posture initiale (photo 1). Poser le dos du pied sur la cuisse, le genou se dirigeant vers le sol, la plante du pied vers le haut. La fermeté du dos du pied sur la cuisse aide à maintenir l’équilibre. Joindre les mains au niveau de la poitrine.

Quand l’équilibre est acquis, lever les bras. Relâcher la nuque et le visage. L’élève peut retenir le souffle s’il maintient la posture pendant une courte durée. Il respire normalement s’il garde la posture plus longtemps.

Poser les mains sur le sol et rapprocher le buste et la tête de la jambe tendue en expirant à fond.

Principaux effets de la posture :

Lorsque la posture est réalisée avec un ajustement approprié, voici les effets positifs attendus :

 tonification et renforcement de la musculature des jambes,

stimulation du sens de l’équilibre et amélioration de la sensibilité proprioceptive (perception profonde du positionnement de chaque partie du corps),

développement et stabilisation des facultés de concentration,

amélioration graduelle de la circulation de l’énergie dans le corps.

Synthèse :

Vriksha asana représente l’arbre sacré qui symbolise la sagesse, la vertu morale et l’hygiène physique. N’oublions pas que des sages, et notamment Bouddha, ont atteint l’illumination sous le pippal (banian), considéré depuis lors comme un arbre merveilleux. La longévité de l’arbre dépend de la qualité des racines. En même temps, les innombrables racines apparentes du banian représentes les bras multiples de la Connaissance. La posture de l’arbre incarne la lente évolution et l’ambition de l’homme tourné vers la recherche de son identité, chemin de la vie qu’il doit suivre dans l’humilité de la dévotion.

Article extrait de « Yoga et symbolisme » de Shri Mahesh