Bhujangâ asana

 

images

Symbolisme

Dans la mythologie indienne, le cobra joue un rôle primordial car il soutient notre univers. Le pouvoir suprême qui habite le corps humain est symbolisé par Shakti (ou nagi, le serpent femelle) et peut se manifester par la pratique de bhujangâ asana.Cet asana influence les sat-chakra ou les 6 centres subtils du corps humain, et son nom mystique et Sat-Chakranirupana (sat : six ; chakra : centre ; nirupana : connaissance). Cette posture apporte, par conséquent, une connaissance intime des manifestations des centres subtils ou psychiques du corps humain. La tradition indienne enseigne que la nature est constituée de 5 éléments qui se retrouvent dans le corps : la terre, prithivi ; l’eau, apas ; le feu, agni ; l’air, vayu ; l’éther, akasha. Ils sont indépendants et chacun d’eux comprend, dans une certaine proportion, tous les autres éléments. Sur les 6 chakras, 5 sont le siège de la matière, le sixième étant celui du mental. Dans un septième chakra, sahasrara, réside la conscience pure ou énergie cosmique. Compte tenu des notions évoquées dans le cadre des asanas précédents, nous pouvons effectuer les rapprochements suivants :

Muladhara chakra représente l’élément Terre,

Svadisthana chakra l’élément Eau

Manipura chakra l’élément feu

Anahata chakra l’élément Air

Vishuddhi chakra l’élément Éther.

Durant la pratique de cet asana, la concentration de l’énergie subtile au niveau des 5 centres, sièges de la matière, harmonise la beauté plastique du corps (rupa), et maintient l’identité de l’être dans son entier. Au cours de son exécution, 2 des 5 prana jouent un rôle important dans la manifestation de l’énergie : prana vayu et apana vayuPrana est l’inspiration ( souffle du monde extérieur) qui devient l’énergie subtile grâce à la pratique, en partant au niveau du cœur et en atteignant le nombril. Apana s’élance de muladhara (premier chakra, situé au niveau de l’anus, proche de la dernière vertèbre, mula signifiant racine et dhara, support) et monte au nombril, établissant ainsi la jonction avec le prana. Cette dernière, au niveau du nombril, maintient l’activité continue de la vie en créant des vibrations sonores. Dieu s’appelle pour cette raison Nadabrahman, Nada signifiant son et Brahaman, l’identité cosmique ; Bhujangâ asana maintient l’harmonie du souffle individuel avec le souffle cosmique sans lequel Moksha, la libération individuelle, n’existe pas.

L’un des principaux effets de cet asana consiste à éveiller Shakti, l’énergie cosmique, force ultime qui gouverne le monde. En ce sens, Bhujangâ asana est véritablement une posture tantrique, car la science des tantras est en rapport avec Shakti, cette énergie qui habite chacun de nous. Mais son processus d’activation est difficile à connaître et à maîtriser. L’initiation et l’aide du maître, qui explique théorie et pratique, s’avère indispensable, Bhujangi – ou pouvoir du serpent – s’obtient au moyen des 6 centres psychiques du corps humain, et aboutit au détachement des liens avec ce monde.

Bhujangâ asana éveille notre conscience immortelle et nous permet, par son étude et sa pratique, sa dévotion et son amour, de transcender les 3 guna, autrement dit les trois qualités :

tamas ou qualités inférieures (énergie grossière),

rajas ou qualités moyennes (énergie moyenne),

sattva ou qualités supérieures (énergie subtile).

La libération survient quand nous réalisons la source d’où nous venons. Cette source jaillit dans les 5 premiers chakras , sièges de la matière, de muladhara à vishuddhi ; elle progresse vers le siège du mental ou ajna chakra, entre les deux sourcils, puis vers le cerveau ou sahasrara chakra, le centre suprême. L’énergie, physique ou spirituelle, se dirige du bas vers le haut,

Bhujangâ asana est la clef de l’âme humaine, la voie de la libération. La question est de savoir si, ici et maintenant, l’homme peut atteindre cet état suprême de béatitude. Le yoga répond «  oui ! ».

Technique

Cette posture doit se réaliser avec lenteur, douceur, et avec une grande concentration.

D’après les textes : Gheranda samhita, II, 42-43

 « Laissez toujours appliquée au sol toute la partie du corps comprise entre les orteils et le nombril. Se soulever sur les paumes des deux mains placées à terre et élever la tête comme le chaperon d’un cobra. Cette position augmente continuellement le feu corporel, La pratique de bhujangâsana, la posture du serpent, permet de vaincre toutes les maladies et d’éveiller la déesse serpent (l’énergie enroulée Kundalini) ».


Bhujangasana-8

Respiration et réalisation

La respiration dépend de la durée de la posture :

Une seule respiration : inspire – rétention – expire

– Étendu sur le ventre, placer les mains au sol au niveau de la poitrine. Étirer les jambes et joindre les pieds. Garder le pubis ancré au sol.

Inspire en soulevant la tête en redressant la nuque et en étirant les épaules vers l’arrière. Hausser la poitrine jusqu’aux dernières côtes, en serrant les coudes contre le corps.

– Appuyer les mains et lever le buste jusqu’au nombril, sans bouger le bassin ni les jambes.

– Retenir le souffle en relâchant le visage.

– Tendre les bras, serrer les omoplates, les épaules basses et en arrière, la tête droite, baisser le menton et placer le drishti.

 Expire, plier les coudes et reposer le buste et la tête sur le sol.

Chaque phase de respiration (inspire – rétention – expire) peut durer de 12 à 15 secondes et être augmentée de 1 seconde toutes les deux semaines de pratique, s’il ne se produit aucune contraction musculaire.

Plusieurs respirations : inspire et expire continues

Inspire en montant la tête. Pratiquer des respirations thoraciques sans rétention une douzaine de fois, sans faire d’effort. Puis revenir sur une expire dans la position d’origine et recommencer 3 fois après avoir respiré profondément, et relaxez vous.

Cette respiration développe l’aspect physique de la posture, tandis que la précédente porte ses effets au niveaux psychique et spirituel.

Pour aller plus loin :

 On peut (sauf problèmes cervicaux) porter la tête en arrière et en hauteur, les yeux fixant un point en l’air, le plus en arrière possible.

bhujangasana 13

On peut une fois la posture prise regarder ses pieds une fois à droite puis à gauche.

bhujangasana 12

On peut intensifier la posture en pliant les jambes pour rapprocher les pieds vers la tête.

bhujangasana 10

Concentration (Drishti )

Fixer le regard sur l’extrémité du nez (Agochari mudra) . Si l’on garde les yeux fermés, visualiser le point situé entre les deux sourcils (Shambhavi mudra )

 Variantes

la posture du sphinx en appui sur les coudes, avants bras au sol et plus facile a réaliser. sphinxPhysiologie

La structure de cet asana lui confère toute son importance. La partie du corps restant au sol permet, par une contraction statique des muscles fessiers et des membres inférieurs, d’établir un point fixe pour favoriser l’extension et l’étirement de la partie du corps qui se détache du sol.

Il y a extension de la colonne cervicale, de la colonne dorsale à partir des bras et ouverture de la cage thoracique ; les muscles de la région lombaire ne fournissent qu’une contraction minime, ce qui évite le tassement postérieur des disques de cette partie de la colonne.

Il faut rapprocher cette posture de l’image du serpent en alerte, dont la tête et le cou se redressent, donc constater l’étirement de toute la partie antérieure du corps favorisant une décompression discale des colonnes cervicale, dorsale et même lombaire supérieure. On constatera également le resserrement des omoplates et l’ouverture du plexus solaire qui coopèrent à l’étirement axial de la colonne vertébrale.

Synthèse

L’homme est une réserve de force et de pouvoirs. Cette posture, accomplie avec dévotion (bhakti), permet de tendre vers la perfection. Bhujangâ asana nous apporte la force, la longévité et la réalisation spirituelle grâce auxquelles nous serons réabsorbés par le monde d’ou nous venons et nous retournerons, celui de Brahman.

 

bhujangasana 7