Agni et le Védisme

 

Agni est l’une des principales puissances agissantes numineuses du Védisme*, seigneur du feu sacrificiel et du foyer.
Dans l’hindouisme, Agni est un des dieux principaux, que l’iconographie représente chevauchant un bélier. Agni est aussi vénéré dans le bouddhisme ésotérique.

Étymologie
Agni est un mot sanskrit qui signifie « feu » , apparenté au latin ignis, au russe огонь (ogon), au lituanien ugnis, tous avec le sens de « feu », la reconstruction proto-indo-européenne de la racine étant h₁égni-. Agni se présente sous trois formes le feu, la foudre et le soleil.

Védisme
Comme son nom l’indique, l’Agni védique est hérité d’une divinité indo-européenne du feu. Agni est le premier mot du premier hymne du Rigveda. Il est le directeur suprême des devoirs et des cérémonies religieuses, et paraît comme un messager entre les mortels et les dieux. Les rituels védiques impliquent tous Agni, par exemple, l’Agnicayana, c’est-à-dire l’empilement de l’autel du feu, l’Agnihotra, sacrifiant à Agni.
Agni est un deva (dieu), en second lieu seulement après Indra dans la puissance et l’importance qu’on lui attribue dans la mythologie védique, avec 218 sur 1 028 hymnes du Rig-Veda qui lui sont dédiés. Il est jumeau d’Indra, et donc un fils de Dyaus Pitar et Prithvi. Cependant, il est également dit avoir deux mères (les deux parties de la fosse utilisé pour allumer le feu) et dix servantes (les doigts de l’homme qui allume le feu) ou encore être deux fois né. Il est l’un des gardiens de la direction, représentant le sud-est.
Feu du foyer domestique, Agni est dit « maître de maison », feu du foyer du village, il est dit « chef du village », feu du foyer tribal « roi ».
Le Rig-Veda dit souvent qu’Agni naît de l’eau ou habite dans les eaux, selon la formule Agni, petit-fils des eaux. Il a peut-être été à l’origine le même qu’Apam Napat, qui est aussi parfois décrit comme un feu naissant de l’eau. Ce formulaire évoque la « duplicité » fondamentale du feu, passant constamment du monde des ténèbres à celui de la lumière (la fuite dans les eaux…).
Les autres noms employés dans le Rig Veda, épithètes ou aspects d’Agni sont Matarishvan, Jatavedas ou Bharata.

Hindouisme
Agni chevauche un bélier car c’est l’animal associé au feu, dans le principe des sept chakras majeurs de l’hindouisme. Le feu est l’élément attribué à manipura, le troisième chakra. Pour la petite histoire, ram (bélier dans une traduction de l’anglais au français) est le mantra associé au troisième chakra.
Bhārata est une épithète d’Agni, d’où provient le nom de l’Inde, Bharat, en hindi et en sanskrit (de Bhatatas, une tribu aryenne).
Agni est un dieu trifonctionnel : En tant que dieu du feu, il est à la fois le feu de la purification et du sacrifice, qui permet aux oblations d’être transmises aux dieux, le feu de la guerre et de la fin des temps, qui détruit le monde (mais permet sa régénérescence) et le feu du foyer, qui réchauffe et permet la cuisson des aliments.
Agni est également un des dikpala, le gardien du sud-est. Dans un mariage hindou, Agni est le témoin principal.
De plus, en médecine ayurvédique (la médecine hindou qui soigne avec des plantes), Agni est un des trois fondamentaux, un des trois repères, une des trois « humeurs » sur lesquelles il faut agir pour atteindre l’équilibre qui donne la santé. Les deux autres sont Sūrya et Vāyu, respectivement le soleil et l’air.

* Védisme

Le védisme  est une civilisation apportée en Inde antique par un peuple descendu des plateaux de l’Iran, après la décadence des villes de Mohenjo-daro et de Harappa. Ce peuple arya, organisé en castes complémentaires, assied sa puissance sur la pratique de rites complexes qui intègrent paroles et gestes « magiques ». La parole y exerce toute sa force sous la forme d’« hymnes » transmis oralement de maître à disciple. L’invention de l’écriture permet de créer des recueils de textes dont le principal se nomme Rig-Veda.

Veda signifie simultanément connaissance intuitive des puissances agissantes lumineuses qui régissent l’existence de la société des aryas, et pratique des méthodes aptes à les influencer. Dotées d’un nom qui permet de les évoquer, ces puissances deviennent des devas lumineux. Par l’exercice du rituel védique, les officiants brahmanes renforcent le pouvoir du roi, le raja, et assurent ainsi la prospérité du peuple arya.

Sous l’égide des brahmanes l’importance du védisme passe peu à peu du ritualisme à la spéculation cosmogonique. Le corpus de textes védiques demeure fondamental, mais il se complète progressivement de commentaires nommés brahmana qui fondent une idéologie nouvelle en Inde ancienne, celle du brahmanisme, qui évolue ensuite vers les diverses formes historiques d’hindouisme, jusqu’à celles de l’hindouisme contemporain. Les Indiens d’aujourd’hui utilisent encore les textes védiques, mais ils l’intègrent dans une culture fort différente du védisme des anciens aryas. Pour bien percevoir ce qu’était réellement le védisme originel, il convient de ne pas mélanger les interprétations hindouistes actuelles du Veda à celles des textes védiques anciens.

Le regard occidental sur le védisme est très récent et date du xixe siècle seulement. L’anachronisme du védisme ancien et l’éloignement géographique de l’Inde donnent au savant européen un recul énorme. Ce recul pourrait être un gage d’impartialité scientifique qui ne s’est pas toujours vérifiée au cours de l’étude du védisme, depuis deux siècles, en Occident. L’Unesco a proclamé la « tradition du chant védique » patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2003.